Mathias Lanuit

La lune, ronde dans le ciel nocturne constellé d’étoiles, éclairait un lac qui se trouvait au-dessous, aux abords d’une dense forêt de sapins. Hormis le chant incessant des grillons, aucun son ne troublait le silence qui régnait dans la forêt. De temps en temps, une brise légère faisait clapoter des vaguelettes d’eau douce sur les bords du lac dont les berges se perdaient dans les profondeurs de la forêt.

Dans les arbres se trouvaient de nombreuses huttes en bois, éclairées par des flambeaux. Les maisons étaient occupées par des petits groupes formés de quatre enfants entre six et neuf ans. Toutes ces cabanes possédaient une petite terrasse à l’avant. A part quelques enfants armés qui surveillaient la hutte où dormait Alicia, la reine des Heinhorns, tout le village dormait.

Ladril, occupait désormais une hutte, tout seul. Mais cette nuit-là, il ne dormait pas malgré l’heure tardive. Il était allongé sur le dos, contre le plancher de la terrasse, son regard perdu dans le ciel noir bien étoilé. Il n’avait pas changé. Il avait toujours la peau mate. Seuls ses cheveux étaient plus longs et une mèche lui cachait à présent l’œil droit. Il était vêtu de la tunique que portaient tous les Heinhorns : une tunique courte, de couleur blanche, s’arrêtant au-dessus des genoux et laissant les épaules et bras nus. Les enfants ne portaient pas de bijoux. Seul Ladril portait encore son médaillon représentant un trisquel en argent. Seul lien qui le rattachait à son passé.

Le jeune garçon pensait à son maître. Que faisait-il ? Où était-il ? Etait-il seulement encore vivant ? Depuis son départ, le magicien n’avait plus donné aucun signe de vie. Il avait su que sa place avait été prise par une jeune fille. Mais au fond de lui, il savait que Zoltan ne l’avait pas oublié. De plus, si celui-ci devait prendre un autre apprenti en plus de lui, Ladril n’aurait pas supporté de devoir partager son maître. Et depuis qu’il avait été obligé de toucher une licorne pour guérir de sa maladie, il ne pouvait plus rejoindre le monde des hommes, au risque de mourir. Il était obligé de rester ici.

Ladril se releva et retourna dans sa hutte, s’allongea dans son lit et ferma les yeux. Mais il n’y avait rien à faire. Il ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il ignorait pourquoi cette nuit-là il pensait tant à son maître. Il descendit de l’arbre où se tenait sa hutte et, une fois à terre, se dirigea vers le lac, à l’endroit où se trouvait un grand troupeau de licornes. Il siffla un coup bref et une licorne se détacha du troupeau et vint le rejoindre Quand l’animal fut près du jeune garçon, celui-ci lui flatta l’encolure.

Cette licorne était plus petite que toutes les autres mais elle était connue pour être la plus rapide et la plus souple. Elle avait une longue corne blanche et fine se dressant fièrement sur son front. La corne que Ladril avait dû toucher pour guérir. Il regarda longuement la corne de son animal qui étincelait sous le clair de lune. Le fait de caresser sa licorne apaisa quelque peu le jeune garçon. Il resta encore un peu de temps avec l’animal avant de le laisser repartir.
- A demain, dit-il simplement tandis que sa licorne retournait rejoindre le troupeau.

A peine était-il revenu dans sa hutte que ses pensées étaient à nouveau envahies par Zoltan. Ladril était heureux d’avoir trouvé les Heinhorns qui étaient pour lui une nouvelle famille mais en même temps l’absence de son ancien maître le faisait cruellement souffrir. Il savait bien que s’il avait pu, il serait parti avec lui.

Il parvint finalement à s’endormir, d’un sommeil léger. En bas, de temps en temps s’élevait le hennissement d’une licorne et le silence retombait, troublé par le chant des grillons. Puis un vent venant d’ouest se leva.

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